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GABRIEL RANVIER COMMUNARD BERRICHON

(BAUGY 1828-PARIS 1879)



   Gabriel Ranvier « le peintre de Baugy »

Gabriel Ranvier est originaire de Baugy où il est né le 8 juillet 1828. Il était le troisième enfant du cordonnier du village. Fils de Paul Ranvier et petit-fils de Pierre dit le jeune, également cordonnier à Baugy, marié à Marie Ravisé, sa mère Marie Gangneux était la fille de Pierre Gangneux manœuvre, et de Marie Fleurier.

Gabriel Ranvier, homme politique français fit carrière à Paris où il arriva en 1847 âgé de 19 ans. Après une enfance pauvre, il devint ouvrier peintre, décorateur sur laque. Il réussit à monter une petite entreprise prospère d’abord, mais qui périclita ensuite du fait qu’un de ses ouvriers avait reproduit, à son insu, un motif d’éditeur.

C’est le 16 juillet 1870 qu’il entre dans l’histoire. Après ses débuts au sein de l’opposition au Gouvernement Impérial, il milite dans les rangs des Blanquistes.

Louis Blanqui, journaliste, socialiste et révolutionnaire, qui avait été rendu responsable de la manifestation émeute à l’Assemblée Nationale le 15 mai 1848, avait été condamné à Bourges par la Haute Cour de Justice à dix ans de prison. Amnistié seulement en 1859, il est à nouveau condamné en 1861. C’est au cours de ces années qu’un parti blanquiste clandestin naît et s’organise en sections.

À l’approche de la guerre avec les Allemands, Ranvier participe aux manifestations en faveur de la paix. Très populaire à Belleville, il porte en tête un drapeau. Au boulevard Bonne-Nouvelle les sergents de ville chargent l’épée en main et dispersent les manifestants. La police de l’Empire l’arrête et le fait condamner à quatre ans de prison.

Après la capitulation de Napoléon III à Sedan et la proclamation de la 3e République par Gambetta le 4 septembre 1870, le Gouvernement de la défense nationale le libère. Le 15 septembre, il est, avec un autre berrichon, Édouard Vaillant, né à Vierzon en 1840, un des signataires du manifeste demandant l’élection des municipalités, la mainmise sur la police, l’élection et la responsabilité de tous les magistrats, le droit absolu de la presse, de réunion, d’association, etc.

À partir du 19 septembre, le peuple de Paris, assiégé par les Allemands, supporte avec un courage exemplaire le froid, la faim et les bombardements. Mais il s’avère bientôt que le Gouvernement dit « de la Défense Nationale » n’est nullement décidé à la lutte, tandis que le peuple de Paris réclame la guerre à outrance.

Fin septembre une véritable armée populaire est constituée, la Garde Nationale qui ne comptait que 60 bataillons, recrutés parmi la bourgeoisie, est forte de 350 000 hommes, répartis en 254 bataillons formés de quatre compagnies. Les bataillons, qui reçoivent solde et armement par l’intermédiaire des mairies, élisent leurs chefs et se politisent à mesure que dure le siège et que se précise le peu de goût pour la résistance à l’ennemi du Gouvernement de la Défense Nationale.

Élu commandant du 141e bataillon de la Garde Nationale dans le 11e arrondissement, Ranvier est avec Flourens, l’un des organisateurs de la journée révolutionnaire du 31 octobre. Ranvier qui avait proposé la création d’un Comité de Salut Public est élu Maire du 20e arrondissement avec Millière et Flourens. Mais il ne peut siéger, le Gouvernement l’ayant fait invalider à cause de sa faillite passée. Un mandat d’arrêt est lancé contre lui et de tous les manifestants du 31 octobre, seuls Blanqui, Millière et Flourens peuvent s’échapper.

Flourens décrira la maigreur, la précoce pâleur de martyr de Gabriel Ranvier, « Mais, dit-il, qu’il ouvre la bouche et qu’il parle, un sourire d’enfant éclaire son visage et la voix, éraillée par la phtisie, est sympathique avec son reste d’accent berrichon et son arrière-goût de lutrin. Il a dû entonner les vêpres, dans son village, quand il était jeune, car il a conservé un peu de la mélopée du répons, au fond de sa gorge brûlée par l’air vicié des villes ».

La guerre continue. Paris bombardé par les Prussiens s’installe dans l’hiver terrible de 1870 à 1871. L’armée du Nord est en déroute, la roi de Prusse est proclamé Empereur d’Allemagne au château de Versailles. L’armistice est signé le 28 janvier.

Le 8 février aux élections générales en vue de constituer une Assemblée Nationale, la liste des « candidats socialistes révolutionnaires » n’a que quatre élus : Benoît Malon, Henri Tolain, Charles Gambon, avocat et journaliste né à Bourges en 1820 et Félix Pyat également avocat et journaliste né à Vierzon en 1810.

Gabriel Ranvier qui n’est connu que des milieux populaires n’est pas élu. La Garde Nationale prenant toujours plus d’importance, s’organise et constitue l’embryon d’un pouvoir populaire donnant naissance à un Comité Central qui va fédérer toutes les organisations de tendance autogestionnaire de la Garde Nationale. Du 1er au 3 mars les Allemands occupent les Champs-Élysées, et grâce à l’autorité du Comité Central, campent dans un quartier vide, auquel Paris, drapé de noir, tourne le dos.

Le 15 mars une nouvelle assemblée des délégués de la Garde Nationale se réunit. 1 325 délégués représentant 215 bataillons, votent les statuts, élisent comme général en chef Garibaldi, qui refusera, et nomment le Comité Central définitif où Ranvier fait son entrée.

Durant le siège, les manufactures parisiennes avaient réussi à fabriquer quatre cents canons, dont la moitié avait été financée par une souscription populaire lancée par Victor Hugo. Les Parisiens éprouvaient un sentiment de propriété à l’égard de ces armes, sentiment d’autant plus vif que l’état-major les avait laissées à l’abandon comme pour inciter l’ennemi à s’en emparer.

Or le 18 mars, Thiers, chef du Gouvernement provisoire, décide de désarmer la Garde Nationale, qui disposait à Montmartre et Belleville de plus de 200 canons mis à l’abri avant l’entrée des Prussiens dans la Capitale. Ranvier à la tête des bataillons de Belleville s’oppose aux soldats chargés de cette opération. La troupe fraternise avec la foule et les gardes nationaux. L’insurrection se propage dans tout le centre et l’est de Paris, les généraux Lecompte et Clément Thomas sont massacrés. Refusant toute négociation, Thiers décide alors d’évacuer la Capitale abandonnée dès lors aux insurgés.


Gabriel Ranvier proclame « la Commune de Paris »

Resté maître de Paris le Comité Central de la Garde Nationale veut mettre en place un Conseil de la Commune. Ranvier, qui avait été un des premiers à investir l’Hôtel de Ville le 19 mars est délégué avec Arnold pour négocier les élections avec les Maires et les députés de Paris.

Georges Clémenceau, député et maire du XVIIIe arrondissement, partisan de la conciliation, mais avec le souci principal de faire entrer Paris dans la légalité mettra en garde Ranvier et Arnold en leur déclarant que : « L’insurrection a un motif illégal. Bientôt le Comité deviendra ridicule et ses motifs méprisables. De plus, Paris n’a pas le droit de s’insurger contre la France et doit respecter fondamentalement l’autorité de l’Assemblée. »

Cependant l’accord aboutira à la fixation des élections pour le 26 mars et Ranvier fera partie des 90 élus de la Commune représentant le XXe arrondissement avec Bergeret, Flourens et Blanqui.

Le 28 mars, deux cent mille parisiens sont venus à l’Hôtel de Ville pour installer leurs élus. Pendant que les bataillons se rangent, les chants éclatent, les musiques sonnent la Marseillaise et le Chant du Départ, les clairons lancent la charge, le canon de la Commune de 92 tonne sur le quai.

Le bruit s’arrête, on écoute. Les Membres du Comité Central et de la Commune, l’écharpe rouge en sautoir, viennent d’apparaître sur l’estrade. Ranvier déclare :

« Le Comité Central remet ses pouvoirs à la Commune. Citoyens, j’ai le cœur trop plein de joie pour prononcer un discours. Permettez-moi seulement de glorifier le peuple de Paris pour le grand exemple qu’il vient de donner au monde ».

Un membre du Comité Central, proclame les élus. Les tambours battent au champ. Les deux cent mille voix reprennent la Marseillaise, ne veulent pas d’autre discours. À peine si Ranvier, dans une éclaircie, peut jeter :

« Au nom du peuple, la Commune est proclamée ! ».

Un seul cri répond, fait de toute la vie de deux cent mille poitrines :

« Vive la Commune ! ».

Dès le lendemain de son installation, le Conseil de la Commune met en place neuf commissions qui devaient fonctionner comme des Ministères collectifs, mais c’est seulement après le remaniement des commissions le 21 avril, que Ranvier entre à la commission de la Guerre avec Avrial, Arnold, Delescluze et Tridon.

Il y eut des tentatives de conciliation entre Paris et Versailles pour faire cesser la guerre civile. Les francs-maçons s’y employèrent jusqu’à ce qu’ils aient acquis la preuve que Thiers ne voulait aucune conciliation. Le 26 avril les francs-maçons se réunissent au théâtre du Châtelet, l’un d’eux ayant fait la motion d’aller planter les bannières maçonniques sur les remparts, une délégation conduite par Ranvier, ira à l’Hôtel de Ville porter la grande résolution.


Gabriel Ranvier membre du Comité de Salut public

Mais les échecs militaires se multipliant la Commune délègue ses pouvoirs à un Comité de Salut public élu le 1er mai. Les cinq membres nommés sont : Arnaud, avec 33 voix, Ranvier et Meillet 27 voix, Pyat (24) et Gerardin (21) sur 37 votants. Ce scrutin étriqué donna un pouvoir sans autorité. Lissagaray écrit dans l’Histoire de la Commune que : « Les alarmistes pouvaient se rassurer. Le seul d’une énergie véritable, Ranvier, âme droite et cœur chaud, était à la merci d’une bonté gâtée de faiblesse ».

Thiers qui avait obtenu de Bismarck la libération anticipée de 60 000 prisonniers, dispose maintenant d’une armée de 130 000 hommes dont le commandement est confié à Mac-Mahon, alors que la Commune ne réussit à mobiliser que 20 à 30 000 combattants. L’armée pénètre dans Paris le 21 mai par les portes du Point du Jour et de Saint-Cloud. Pendant toute une semaine du 21 au 28 mai, la « semaine sanglante », l’armée refoulera peu à peu les forces de la Commune vers l’Est de la capitale.

Depuis l’entrée des Versaillais dans Paris, la résistance de la Commune est désorganisée ; pour la prolonger le Comité Central donne l’ordre d’incendier de nombreux bâtiments. Ce document daté du 3 prairial an 79 (23 mai 1871) est signé Delescluze, Regere, Ranvier, Johannard, Vesinier, Brunel, Dombrowski.

Les grands incendies éclatent le 23 mai au soir : les Tuileries, la Cour des Comptes, le Conseil d’État, le Palais de la Légion d’Honneur, le Ministère des Finances, symbole pour les communards des diverses « tyrannies » du passé.

La nuit est rouge. On apprend qu’à Montmartre, ainsi qu’au parc Monceau des gens sont fusillés par centaines par les Versaillais.

Le 24 au matin, les derniers membres de la Commune présents à l’Hôtel de Ville, décident l’évacuation de ce monument et, à dix heures Pindy donne l’ordre d’y mettre le feu, les communards ne voulant pas que la « maison du peuple » soit dévoyée par ceux qui massacrent le peuple, avant de s’en instituer les représentants.

Cet incendie causera la perte de 4 400 registres paroissiaux, dont les plus anciens dataient de 1515 et des 7 500 registres d’état civil de Paris qui s’étendaient de 1792 à 1860.

Le lendemain, du haut des Buttes-Chaumont, Ranvier qui surveille la défense de ces quartiers canonne vigoureusement Montmartre.

Puis le Comité Central revendique la dictature du Comité de Salut public, personne ne parle plus.

Le seul de ses membres qui fasse figure est Ranvier, d’une énergie superbe dans les batailles. « Il fut, dit Lissagaray, pendant cette agonie, l’âme de la Villette et de Belleville, poussant les hommes, veillant à tout ».

Le 26, Ranvier fait imprimer une proclamation :

« Citoyens du XXe, si nous succombons, vous savez quel sort nous est réservé... Aux armes ! ... De la vigilance, surtout la nuit ... Je vous demande d’exécuter fidèlement les ordres. Prêtez votre concours au XIXe arrondissement aidez-le à pousser l’ennemi. Là est votre sécurité. N’attendez pas que Belleville soit lui-même attaqué ... et Belleville aura encore une fois triomphé ... En avant donc ... Vive la République ! »

Ce sera la dernière affiche de la Commune.

Avec l’incendie de Paris, la répression des Versaillais avec ses fusillades et ses exécutions sommaires, c’est aussi l’exécution des 50 otages de la Commune, que Ranvier a refusé de recevoir à la Mairie et qui seront massacrés, rue Haxo.

Après une ultime résistance à Belleville et les combats du Père-Lachaise, les exécutions des prisonniers des Versaillais contre le mur qui porte depuis le nom de Mur des fédérés, la dernière barricade tombe le 28 mai à 14 heures rue Ramponneau dans le XXe arrondissement.

Il y avait eu une large adhésion des femmes de Paris à la Commune, le mouvement féministe avait pris de l’ampleur, elles étaient nombreuses à réclamer l’égalité sociale avec les hommes, à écrire des articles, des livres, à fonder des coopératives de consommation ou des sociétés de secours mutuel. Leur attitude pendant la guerre civile fut très courageuse, aussi bien au service des blessés, que durant la semaine sanglante, sur les barricades. On sait que bon nombre ont pris le fusil, comme Louise Michel, beaucoup ont péri les armes à la main, des centaines de femmes ont été fusillées, car il suffisait d’avoir l’air pauvre et de porter une bouteille ou même une boîte à lait pour être traitée de pétroleuse et exécutée.

En effet la répression fut impitoyable, 20 000 communards avaient trouvé la mort au cours de la semaine sanglante et le gouvernement procéda à plus de 38 000 arrestations. Les enfants furent enfermés dans un quartier de la prison des femmes et le fils de Ranvier, alors âgé de treize ans, fut cruellement battu pour avoir refusé de livrer le lieu de la retraite de son père.


L’exil à Londres

Comme Jean Baptiste Clément auteur du chef d’œuvre « Le temps des cerises », Gambon, Vaillant et Ranvier, qui combattirent jusqu’au bout, échappent aux Versaillais. Gambon restera en Suisse, alors que Clément et Ranvier accueillent en Angleterre Édouard Vaillant dans leur groupe qui prend le nom de Commune Révolutionnaire.

Ranvier trouve vite un travail de peintre sur porcelaine, il réside à Londres, 160 St John Street, il rejoint un autre exilé, Karl Marx, et entre au Conseil Général de l’Internationale. Il assiste au Congrès de La Haye en septembre 1872 où il vote avec la majorité l’exclusion de Bakounine, mais il donnera ensuite sa démission comme les autres blanquistes parce que l’Internationale refusait de devenir « l’organisation insurrectionnelle permanente du prolétariat ».

Pendant ce temps les Conseils de Guerre siègent sans relâche pour juger les communards. C’est le troisième conseil de guerre qui siégea à Versailles en août 1871 qui jugea les membres de la Commune, ce fut le plus impitoyable, ne prononçant guère que des condamnations à mort, au bagne ou aux travaux forcés. Gabriel Ranvier y fut condamné aux travaux forcés pour complicité dans la démolition de l’hôtel particulier de Thiers, place Saint-Georges. Traduit à nouveau devant le 4e Conseil de Guerre, il fut cette fois condamné à mort par contumace pour « incendie de bâtiments
publics ».

La répression dura jusqu’en 1874. Vingt-et-un Conseils de Guerre se succédèrent prononçant plus de 13 000 condamnations dont 98 condamnations à mort. 157 femmes et 6 enfants figurant parmi les condamnés, 56 autres enfants étant placés dans des maisons de correction.


Le retour d’exil

Puis vient le temps de l’apaisement. Victor Hugo rentré en France consacre sa principale activité politique à lutter pour l’amnistie des Communards. Après la mort de Thiers survenu en 1877, la chambre des députés tout en refusant l’amnistie totale vote une mesure de grâce le 3 mars 1879.

Gabriel Ranvier rentre en France en octobre, pour venir y mourir, épuisé par ses luttes et la maladie. Il meurt à Paris, un mois après son retour le 27 novembre 1879.

Ranvier qui a vécu intensément la révolution politique et sociale de la Commune de Paris, en révolte contre la misère des ouvriers et des artisans, qui a lutté jusqu’au bout pour la libération de la France contre la collaboration du gouvernement de Versailles avec l’armée allemande, n’a pas connu l’amnistie totale, votée le 11 juillet 1880.

Amnistie survenue trois jours avant la première commémoration de la Révolution Française du 14 juillet 1789, que connaîtront les intellectuels de la Commune : Blanqui, Benoît Malon, Pyat et Vaillant, noms qui sont maintenant autant de repères dans la vie des cités.

Jean Morichon.

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