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Félix Pyat


   Personnage très contrasté et controversé, Félix Pyat suscita parfois l’enthousiasme des uns, parfois la haine des autres. Les observations faites à propos de ses écrits littéraires ou politiques, accusés par certains d’emphase et de lyrisme excessif, ou de ses actes et paroles « théâtreuses » pendant les événements politiques du XIXe siècle, ne furent pas toujours flatteuses. Lissagaray disait de lui : il « n’était au fond qu’un sceptique fielleux, sincère seulement dans son idolâtrie de lui-même ». D’autres ont vu en lui un « rhéteur vaniteux et sans scrupules qu’on a pu appeler le mauvais génie de la commune ». Cette dernière accusation proviendrait du fait que, malgré tout, Pyat savait, justement grâce à son style enflammé, soulever l’enthousiasme des foules et rallier un grand nombre à ses idéaux. D’autre part, il savait écarter du pouvoir les hommes qui le gênaient pour agir. De même, Georges Sand lui tint rancœur pendant longtemps, lorsqu’il jugea sa conduite avec Jules Sandeau trop dominatrice et dégradante. Elle l’entacha par ailleurs d’une certaine lâcheté pendant les événements de la commune.

   En considérant ces jugements, il est difficile de se forger une opinion sur le caractère de Félix Pyat. Quels actes a-t-il commis pour posséder une réputation aussi peu flatteuse ? Quels autres plaideraient en sa faveur ?

   Il est né le 4 octobre 1810 à Vierzon.

   Il fit de brillantes études au lycée de Bourges et étudia le droit à la faculté de Paris. Sa licence obtenue, il s’inscrivit au barreau de Paris mais abandonna rapidement le métier d’avocat pour se consacrer au journalisme et à la littérature.

   Il se lança alors dans une extrême activité : il écrivit de nombreux articles dans des journaux très en vue tels que : Le Figaro, Le Charivari, La Revue de Paris, La Revue Démocratique. Il signa le programme socialisant du Journal du Peuple fondé par Cavaignac Il écrivit également des pièces de théâtre dont Le Chiffonnier de Paris qui fut joué à la porte Saint-Marin, et publia Le Café des Vaudevillistes en 1831. Dans Les Français peints par eux-mêmes, il décrivit les types du Bourreau, du Berruyer et du Solognot.

   Les Romains chez eux, drame en trois actes, comportant des sous-entendus politiques, suscita de vives réactions en 1832, si bien que la pièce ne tarda pas à être interdite. De 1831 à la révolution de 1848, qui modifia profondément sa vie, Pyat écrivit une quinzaine d’œuvres dont les plus remarquées furent : Conjuration d’autrefois, Ango (1835), Arabella (1838), les Deux serruriers qui remporta un vif succès à la porte Saint-Martin le 25 mai 1841, enfin Diogène en 1846 et Le Chiffonnier de Paris en 1847.

   La révolution de 1848 fut un tournant dans la vie de Félix Pyat. Elle marque son entrée dans la vie politique. Il resta un mois au poste de commissaire général du Cher, son département d’origine alors qu’il y avait été nommé par le gouvernement provisoire de la révolution. Il fut ensuite élu représentant du peuple à l’Assemblée constituante du même département, dans laquelle il siégeait parmi les démocrates. Certains de ses discours le rangèrent parmi les socialistes les plus convaincus. Élu représentant du Cher à l’Assemblée législative le 13 mai 1849, il signa l’appel aux armes de Ledru-Rollin le 11 juin 1849, acte pour lequel il fut condamné à la déportation, par contumace, puisqu’il s’était auparavant enfui vers la Suisse. Cette fuite pourrait argumenter l’accusation de lâcheté faite à Pyat par certains de ses contemporains. Il ne rentra en France qu’au bout de vingt années, passant de la Belgique à l’Angleterre.

   L’amnistie générale du 15 août 1869, provoqua le retour de Pyat en France. Mais il collectionna dès lors les condamnations : sa participation à la rédaction du Rappel le fit condamner pour délit de presse ; pendant le banquet démocratique de Saint-Mandé du 21 janvier 1870, jour anniversaire de la mort de Louis XVI, la lettre et le toast qu’il fit lire par son secrétaire (il ne pouvait y aller) et dans lesquels il adule le régicide, lui valurent une nouvelle condamnation. Il repartit alors en Angleterre.

A la chute de l’Empire, Pyat revint à Paris et mit toute sa verve dans les journaux parisiens. Il fonda le journal Combat, premier quotidien à annoncer la capitulation de Bazaine. Cette nouvelle provoqua l’émeute du 31 octobre 1870, qui aboutit, après la reddition de Metz, à la proclamation de la Commune de Paris, dont Pyat fut nommé membre du comité de salut public. Mais le gouverneur de Paris, le général Vinoy, ayant remplacé le général Trochu, fit supprimer Combat. Cela n’arrêta en rien l’élan de Pyat, puisqu’il fonda un nouveau journal ; le Vengeur. Dans le même temps, il fut élu député de la Seine (parmi les quarante-trois autres députés de la Seine élus) le 4 février 1871. Critiquant les républicains modérés et Gambetta, le Vengeur fut supprimé.

   En avril 1871, il fut élu au conseil de la Commune et se distingua alors par ses déclarations incendiaires. Il contribua à désorganiser par là-même la Commune, en s’évertuant à éliminer les hommes les plus capables. Le 9 mai, Delescluze le remplaça dans le deuxième Comité de Salut public. Pyat n’avait plus qu’à disparaître. Il vécut en exil à Londres. Isolé, reclus, il songea alors à écrire une Histoire de la commune.

   Après l’amnistie, il fit un retour très actif en France : conférences avec Gambon, liaisons avec les blanquistes de la génération d’Édouard Vaillant. En 1887, il devint membre d’honneur du cercle Vallès et l’année suivante, considéré comme un « vétéran de la démocratie », il fut élu député des Bouches-du-Rhône. Il mourut le 4 août 1889, à saint-gratien (Val d’Oise) et fut inhumé au Père-Lachaise le 3 août 1891.

   Ses nombreuses brochures, articles parus dans pas moins de sept journaux, restent, malgré le personnage, très intéressants pour appuyer une analyse du mouvement ouvrier au XIXe siècle.


Claire Sibéril.

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