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Ferdinand GAMBON
« l'homme à la vache »



   Second fils de Charles-Marie Gambon, commissaire-priseur à Bourges, et de Victoire-Élisabeth Borget, Ferdinand est né le 19 mars 1820 à Bourges, rue Saint-Sulpice. Originaire de la région italienne du lac de Côme, de Comologno exactement, les Gambon, ou plutôt Gamboni, durent, à la suite de luttes intestines entre des partis politiques adverses, quitter par sécurité l'Italie pour s’implanter à Bourges où ils francisèrent leur nom.

   À la fin du 18e siècle, la famille Gambon était solidement établie à Bourges : le grand-père de Ferdinand, commerçant en draps et soieries, était président du Tribunal de commerce de Bourges et son père électeur du District de Bourges pour le quartier d'Auron et membre du Conseil composant le directoire du Département (1793). Orphelin de bonne heure, sa mère décédant en 1822 et son père en 1826, Gambon fut recueilli avec ses trois frères par sa grand-mère maternelle. Il fut élève du collège de Donzy dans la Nièvre de 1830 à 1833, puis pensionnaire dans un collège à Paris jusqu’en 1836, date à laquelle il termina ses études classiques.

   Puis il étudia le droit à Paris et fut licencié à 19 ans. Devenu avocat à Paris, il se lia avec Félix Pyat, un polémiste berrichon dont il partageait les idées politiques. En 1846, afin de refréner ses ardeurs politiques, sa famille le rappela et le fit nommer juge suppléant au tribunal de Cosne. Mais dès 1847, il combattit la candidature à la députation de monsieur Delangle, qui avait de solides appuis dans l'entourage de Louis-Philippe. Or Delangle, candidat conservateur, fut élu. Si bien que Gambon, pour le rôle qu'il avait joué durant la période électorale aux côtés du parti d'opposition à Louis-Philippe, fut traduit devant la Cour royale de Bourges. Mais sa famille fit jouer ses relations et obtint l'indulgence de ses chefs.

   En 1847, dans toute la France, on vit l'organisation de banquets démocratiques dans lesquels des orateurs animés de l'esprit de 1848, parlaient de Liberté, d’Égalité et de Fraternité tout en propageant des idées réformistes. Gambon en organisa un à Cosne en 1847, comprenant monsieur Duvergier de Hauranne (député du Cher) et plusieurs personnalités de la région connues pour leurs idées libérales. Outré par la manœuvre du toast porté au roi pendant ce banquet, il écrivit une lettre protestataire et gagna par là à être traduit devant la Cour de cassation de Paris et suspendu de ses fonctions pendant 5 ans.

   Il retrouva dès lors Félix Pyat à Paris et fonda avec lui Le Journal des Écoles, organe de la Jeunesse Estudiantine et Républicaine des facultés et grandes écoles. La Révolution de 1848 éclata le même jour où le banquet démocratique dans le 12e arrondissement de Paris devait être organisé, mais que Guizot voulait interdire.


    L'homme politique

   Revenu à Cosne, Gambon avait gagné de grandes sympathies dans tout le département de la Nièvre, si bien que le 23 avril 1848, il fut élu député de la Nièvre. À l'Assemblée Nationale, il siégea à l'extrême gauche et fit partie du groupe dit de « La Jeune Montagne ». Il vota pour la création d'un Ministère du Travail, pour le droit au travail, pour l'abolition de l'impôt du sel et contre la loi sur les attroupements. Il vota également contre le projet de Constitution soumis à l'Assemblée Nationale, et, après l'élection du Prince Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République, il s'opposa continuellement au gouvernement. Il signa notamment, comme député, l'Acte d'Accusation contre le pouvoir exécutif au sujet de l'expédition de Rome pour protéger le pouvoir temporel du pape.

   En juin 1849, Gambon tenta, avec Ledru-Rollin, de constituer une « Convention révolutionnaire » à l'image de celle de 1793. Il fut condamné le 13 novembre 1849 à 10 ans de déportation et interné au pénitencier de Belle-Isle-en-Mer. L'amnistie du 15 août 1859 lui rendit la liberté.


    Le séjour à Sury-près-Léré

   Pendant une douzaine d'années, Gambon vécut alors dans le Haut-Berry en propriétaire campagnard, mais sans renoncer à la lutte contre l'Empire.
    En 1844, son frère Pierre-Charles avait en effet acquis une propriété à Sury-Près-Léré, dénommée la Robinerie.

   22 juillet 1865 : élu conseiller municipal de Sury-près-Léré, il refusa de prêter serment de fidélité à l'empereur.

   En 1869, il refusa de payer ses contributions. La saisie fut alors appliquée sur une des vaches du domaine de la Robinerie, qui fut vendue sur la place publique de Sancerre. Cet épisode peu banal fut très répandu. L'aventure de la « Vache à Gambon », donna le jour à une chanson connue à Paris et popularisée par les journaux de l'opposition. Gambon fut désormais désigné par le sobriquet de « l'homme à la vache ».


    La fin mouvementée de son séjour en nivernais

   L'année 1870 marqua le début de la guerre contre la Prusse et dès lors Gambon tenta de lever une petite armée dans le bourg d'Arquian dans la Nièvre. Il parcourut les communes de Neuvy-sur-Loire, Annay et Saint-Amand-en-Puisaye mais les émeutiers furent neutralisés. Le procureur de la République à Sancerre donna ordre d'arrêter Gambon. Celui-ci quitta Sury et rejoignit à Paris ses amis politiques. Élu dans le département de la Seine en 1871, il vota à l'Assemblée Nationale les Préliminaires de la paix avec la Prusse. Le 26 mars 1871, il devint membre de la Commune, donna le 5 avril 1871 sa démission de député à l'Assemblée Nationale et devint dès lors l'un des membres les plus actifs, les plus influents du gouvernement révolutionnaire de la Commune. Choisi pour être l'un des cinq membres du Comité de salut publique, il signa le décret ordonnant la destruction de la maison de monsieur Thiers qui donna lieu à un véritable pillage. Durant la sanglante « Semaine de Mai » pendant laquelle eut lieu un second siège de Paris, Gambon le combattit sur les barricades. Au dernier jour des combats, il réussit cependant à s'enfuir et à atteindre la Suisse.

   Le cinquième conseil de guerre le condamna par contumace le 23 novembre 1871 à vingt ans de travaux forcés, à la dégradation civique et à 5 000 francs d’amendes. Un an plus tard, le 7 novembre, il fut condamné à mort, toujours par contumace, par le sixième conseil de guerre, pour complicité de séquestration, Gambon ayant signé avec Eudes et Ranvier le décret de transfert des otages à la Roquette, le 23 mai.


   Le retour au pays

   Après l'amnistie de 1879 concernant la Commune, il revint à Cosne puis à Paris, où il retrouva son ami Pyat, avec lequel il rédigea le Journal La Commune. Le 18 juin 1882, il est élu député de Cosne.Diverses projets étaient présents dans son programme : séparation de l’église et de l’État, élection des juges, instruction gratuite et obligatoire, impôt basé uniquement sur le revenu. Il présenta, d’autre part, sans succès, en 1884, un projet de loi pour l’abolition de l’armée permanente et son remplacement par une armée nationale et citoyenne. Il rentra alors à Cosne, où il fut recueilli par la famille Poupet, car il avait consacré sa fortune au service de la Révolution, et n'eut plus de vie publique, ce qui lui fut très pénible. Le 16 septembre 1887, il mourut à Cosne, âgé de 67 ans.

   C’est Félix Pyat qui dirigea la cérémonie des obsèques. En 1905, le Conseil municipal parisien offrit quatre noms de rues de la capitale à Vallès, Gambon, Jean-Baptiste Clément et Benoît Malon.


Claire SIBERIL

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