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Jacques Coeur

Jacques Coeur fut un des hommes les plus remarquables de son temps. Né à Bourges vers 1400, il était issu d'une famille bourgeoise : son père était un des plus riches marchands de pelleterie de Bourges. Ce fut dans l'entreprise familiale qu'il acquit l'expérience des affaires. Il s'intéressa  très vite au commerce des fourrures et de la draperie. Son mariage très avantageux avec Macée de Léodepart, appartenant à la bourgeoisie berruyère, l'introduisit dans les arcanes de la Monnaie, mais également dans les milieux officiels de la ville et de la Cour, notamment lorsqu'en 1418, Charles VII  s'installa à Bourges.

Devenu fermier des monnaies royales, associé en 1427 avec le maître de la Monnaie de Bourges, Ravant le Danois, il se lança ensuite dans le commerce avec les frères Godard. Ensemble, ils réalisèrent des profits, si bien que Jacques Coeur commença à voyager vers le Levant. Le bateau fit naufrage, la cargaison fut pillée et Jacques Coeur prisonnier réussit à s'évader, mais rentra ruiné à Bourges. Cependant il repartit à Montpellier, affréta deux galères et les expédia en Orient. Cette fois-ci, l'affaire fonctionna bien.

Il se forgea un véritable empire, dont un comptoir à Montpellier qui constituait une porte vers le Levant, et peu à peu, d'emprunteur il devint prêteur et acheteur. En 1436, il acheta un hôtel à Bourges, et devint maître de la Monnaie de cette ville. Il profita de la situation économique de la France en étant nommé par Charles VII maître particulier de l'atelier de la Monnaie de la capitale, puis argentier de l'hôtel du roi en 1438 ce qui finit de poser les dernières pièces de son empire.

Banquier, il prêtait de l'argent à 10 ou 20 % à l'entourage royal. Il acquit des biens fonciers en grand nombre, il acheta des droits féodaux, profitant ainsi d'une aristocratie ruinée. Il étendit ses propriétés en Berry, Languedoc, Puisaye, Bourbonnais et Forez.

La personnalité de Jacques Coeur créa admiration chez les uns et envie chez les autres. La rapidité de son ascension à de hautes fonctions prouve qu'en plus d'un sens exceptionnel du commerce il possédait la faveur du roi Charles VII qui l'envoya à Toulouse en qualité de commissaire aux États du Languedoc. L'anoblissement et l'entrée au Conseil du roi furent la consécration de sa carrière.

D'autre part, il avait de solides appuis en entretenant des relations privilégiées avec le milieu ecclésiastique, notamment avec le confesseur de Charles VII, Gérard Machet, mais également avec Jacques Juvénal des Ursins. Marchand et citadin né, l'argentier avait une préférence pour la ville, où pouvait s'exercer son activité foisonnante. La manifestation la plus éclatante de la volonté d'afficher sa richesse et de promouvoir sa renommée s'affirma dans la construction du palais de Bourges. En effet Jacques Coeur jouissait en sa propre ville de la double qualité de riche marchand et de seigneur, et pouvait s'y doter d'une résidence à la fois cossue et princière. Colin le Picart et Jean de Blois en auraient été les constructeurs. Il a suffi à Jacques Coeur d'une dizaine d'années à peine pour achever l'ensemble monumental civil le plus important sans doute du 15e siècle en France.

Mais à force de vouloir s'affirmer comme « un homme du roi », il ne pouvait guère éviter de susciter des jalousies. En effet, pour abattre l'argentier, les « envieux » insinuèrent en l'esprit de Charles VII le grief qui pouvait le plus efficacement l'affecter : la complicité de Jacques Coeur dans l'empoisonnement d'Agnès Sorel, la favorite du roi. Cette accusation écartée, il fut condamné malgré tout, le 29 mai 1453 à la confiscation de ses biens, au bannissement perpétuel, à la restitution de 100 000 écus, à une amende de 300 000 écus et à son maintien en prison jusqu'à entière satisfaction, pour des motifs divers invérifiables : vente d'armes aux infidèles, exportation de monnaies françaises dans le Levant. En fait, les juges faisaient partie de ses ennemis les plus violents. Ils profitèrent de la confiscation de ses biens qu'ils se partagèrent. Jacques Coeur échappa à la peine de mort grâce à la clémence de Charles VII et, en 1455, il gagna l'Italie, pour tester ses amis d'outre monts.

La demande d'extradition présentée par le roi de France échoua car Jacques Coeur bénéficia de la bienveillance pontificale jusqu'à son embarquement pour l'Orient, où il mourut en 1456.

Sa disgrâce fut sans doute due à la rancune de ses débiteurs, à l'envie de ses concurrents et de celle de ses rivaux dans la faveur du roi.

Enfin, Jacques Coeur avait eu l'imprudence de confondre les revenus de la Couronne avec sa propre fortune. Sa principale erreur fut peut-être également la démesure dans ses agissements, faute majeure pour les hommes du Moyen Âge.



Claire Sibéril

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